Avant tout je tiens à préciser que vous ne trouverez ici que de courtes séquences de films. Il s'agit de respecter au mieux la législation très complexe sur les droits d'auteur. Ces pages ne sont pas pour autant de la promotion pour les films présentés. Je n'ai aucun accord avec qui que ce soit. Je vous conseille simplement, chers lecteurs, et à titre personnel, de voir ces films que j'ai trouvés particulièrement intéressants pour notre compréhention du monde.

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Enseignement

Séquences films - Les fils de l'homme

 

 

 

Les fils de l'homme - Perception du deuil

 

Extrait du livre : Les fils de l'homme - L'espoir au corps

Théo, Julian,  le deuil de l'enfant (Chapitre "comprendre")

Jasper explique à Miriam et à Kee comment Théo était militant. Il se battait avec foi pour changer le monde. Il a perdu cette foi en même temps qu'il perdait son fils.

Théo est devenu cet être indifférent, apathique, soumis, peureux, maladroit. Il fume et boit beaucoup. Les autres l'indiffèrent ou l'agacent. Il considère que le monde était mort avant même que l'humanité perde sa fécondité, justifiant ainsi l'inutilité de tout combat. Théo n'est que l'ombre de lui-même. Il continue à vivre pour faire vivre sa douleur. Dans son travail de deuil, il est bloqué au niveau de la victimisation .

Il fait remarquer la rapidité de sa rémission à Julian, qui, bien évidemment, s'insurge. C'est sans doute une réflexion qu'elle a entendue souvent. C'est ce qu'entendent toutes les personnes, qui, ayant vécu un deuil, continuent à lutter au lieu de s'apitoyer sur eux-mêmes. L'expression « s'apitoyer sur eux-mêmes » n'est pas employée, ici, de manière péjorative. C'est simplement le constat d'une réalité, compréhensible certes, mais une réalité quand même.

Sa réponse : tu crois que je suis remise, personne ne se remet de ça, est encore dans la générosité. Elle se repositionne dans l'ensemble des personnes qui connaissent cette horreur. Même elle, qui est forte et combative, ne le pourrait pas.

Tout est ici, encore, une question d'apparence. Celui qui pleure et déprime a l'impression qu'il aimait davantage le (ou la) disparu(e). C'est aussi l'impression qu'il donne aux autres. C'est pourtant tout le contraire. Il pleure sur lui-même, et il impose sa douleur aux autres, même quand il s'enferme. Il se fuit en refusant le combat intérieur, et voit le fuyard en celui qui s'engage (C'est d'ailleurs ce qui se passe dans le film). Il vit dans une prison dont il pose lui-même les barreaux, ou, comme l'exprime Julian, un boulet au bout d'une chaîne (le deuil pour toi c'est comme un boulet au bout d'une chaîne 23mn04). Il croit se protéger, mais il se détruit. L'aspect « égoïste » de cette attitude apparaît dans la réponse de Théo à cette phrase de Julian justement. Il dira « Tu crois savoir ce que c'est pour moi, tu t'en fiches ».

Celui qui aime vraiment, souffre aussi, bien entendu, mais il s'assume et garde sa dignité. Il reste lui-même, il reste celui (ou celle) que le (ou la) disparu(e) a connu, que les autres ont connu. C'est sa douleur, il ne l'impose pas aux autres. Il pense à tous ceux qui souffrent les mêmes tourments. Il s'engage ou continue les luttes qu'il menait auparavant. Le véritable amour libère. Julian n'est pas passé à autre chose comme le lui reproche Théo dans la même scène. Elle vit avec, comme on vit avec une cicatrice cachée toujours prête à saigner.

© 2016 Ygrec